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l'amendement n° 471 de Mme Taurinya à l'article 9 du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (première lecture).

AN 10 juillet 2026 — Rejeté

Fait partie de la loi : Projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens

Président du groupe "Ensemble pour la République"

Exposé sommaire

Texte officiel rédigé par l'auteur de l'amendement pour justifier son dépôt (source : Assemblée nationale).

Par cet amendement de repli, les député.es du groupe LFI souhaitent supprimer l’autorisation au recours à la fouille corporelle.

Le caractère particulièrement dérogatoire de ces opérations, sans contrôle par un magistrat, ne peut justifier le recours aux fouilles corporelles.

De manière général, cet article appelle de très sérieuses réserves tant au regard de son opportunité que de sa conformité aux exigences constitutionnelles.

En premier lieu, l’article procède à une banalisation de pouvoirs particulièrement attentatoires aux libertés individuelles. Les prérogatives de visite et de fouille reconnues aux agents des douanes constituent une dérogation au droit commun, historiquement justifiée par les missions spécifiques de l’administration des douanes, chargée de la surveillance des frontières, du contrôle des flux internationaux et de la protection des intérêts financiers de l’État. Elles ne sauraient être étendues à d’autres forces sans démonstration rigoureuse de leur nécessité et de leur proportionnalité.

En deuxième lieu, cette disposition méconnaît les enseignements de la décision n° 2022‑1010 QPC du Conseil constitutionnel du 22 septembre 2022. Dans cette décision, le Conseil a censuré l’ancien article 60 du code des douanes au motif que les pouvoirs de visite accordés aux agents douaniers portaient une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir ainsi qu’au droit au respect de la vie privée, faute de garanties suffisantes. La réforme intervenue en 2023 n’a été adoptée qu’à la suite de cette censure afin de rétablir un équilibre entre les nécessités de la lutte contre la fraude et les exigences constitutionnelles.

Or l’article 9 rompt cet équilibre. Il transpose à la Police nationale et à la Gendarmerie nationale des prérogatives conçues pour une administration spécialisée, sans établir que les garanties ayant permis de sécuriser le nouveau régime douanier demeurent adaptées lorsque ces pouvoirs sont exercés par des services poursuivant des missions différentes. Cette extension des pouvoirs de contrôle apparaît ainsi susceptible de porter une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir, au droit au respect de la vie privée et, plus largement, à l’exigence constitutionnelle selon laquelle les atteintes aux libertés doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif poursuivi.

En troisième lieu, cette mesure entretient une confusion préjudiciable entre les compétences respectives de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale et de la direction générale des douanes et droits indirects. L’efficacité de l’action douanière repose sur une expertise spécifique des flux de marchandises, des réseaux logistiques et des techniques de fraude, fruit d’une formation et d’un savoir-faire propres. Diluer ces compétences dans une logique de partage des prérogatives risque d’affaiblir la lisibilité de l’action publique sans renforcer l’efficacité de la lutte contre les trafics.

En quatrième lieu, cette extension est envisagée sans moyens supplémentaires alors même que les forces de sécurité intérieure connaissent déjà une forte sollicitation. Elle risque de détourner policiers et gendarmes de leurs missions premières de sécurité publique, sans répondre au déficit structurel de moyens auquel demeure confrontée la douane.

Enfin, aucune étude d’impact ne démontre que ce transfert de compétences serait plus efficace qu’un renforcement des effectifs et des capacités opérationnelles de l’administration des douanes. Alors que celle-ci demeure sous-dotée au regard de l’étendue des frontières françaises et des standards observés chez plusieurs partenaires européens, le Gouvernement privilégie une extension des pouvoirs de police plutôt qu’un investissement dans les services spécialisés.

Pour l’ensemble de ces raisons, nous proposons a minima que la Police nationale et la Gendarmerie nationale ne soient pas autorisées à recourir à la fouille corporelle.

Compte-rendu officiel ↗

Répartition par parti

Pour Contre Abstention Effectif du parti à la date du scrutin

Votes

ÉluPartiPosition
Xavier Albertini HOR Contre
Pouria Amirshahi EcoS Pour
José Beaurain RN Contre
Christophe Blanchet Dem Absent
Florent Boudié EPR Contre
Yaël Braun-Pivet EPR Absent
Anthony Brosse EPR Contre
Pierre-Yves Cadalen LFI-NFP Pour
Vincent Caure EPR Contre
François-Xavier Ceccoli DR Contre
Cendrine Chazé DR Contre
Laurent Croizier Dem Contre
Edwige Diaz RN Contre
Elsa Faucillon GDR Pour
Jean-Carles Grelier Dem Contre
Olivia Grégoire EPR Contre
Steevy Gustave EcoS Pour
Stéphane Hablot SOC Pour
Sébastien Huyghe EPR Contre
Jérémie Iordanoff EcoS Pour
Tiffany Joncour RN Contre
Marietta Karamanli SOC Pour
Guillaume Kasbarian EPR Contre
Philippe Latombe Dem Contre
Jérôme Legavre LFI-NFP Pour
Christine Loir RN Contre
David Magnier RN Contre
Christophe Marion EPR Contre
Nicolas Metzdorf EPR Contre
Christophe Mongardien EPR Contre
Serge Muller RN Contre
Nathalie Oziol LFI-NFP Pour
Kévin Pfeffer RN Contre
Béatrice Piron HOR Contre
Natalia Pouzyreff EPR Contre
Angélique Ranc RN Contre
Jean-Hugues Ratenon LFI-NFP Pour
Catherine Rimbert RN Contre
Charles Rodwell EPR Contre
Arnaud Saint-Martin LFI-NFP Pour
Laetitia Saint-Paul HOR Contre
Ersilia Soudais LFI-NFP Pour
Andrée Taurinya LFI-NFP Pour
Michaël Taverne RN Contre
Cyril Tribuiani RN Contre
Anne-Cécile Violland HOR Contre