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l'amendement n° 196 de Mme Capdevielle à l'article 23 (examen prioritaire) de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic (première lecture).

AN 20 mars 2025 — Rejeté · Scrutin public ordinaire

Président du groupe "Socialistes et apparentés"

Exposé sommaire

Texte officiel rédigé par l'auteur de l'amendement pour justifier son dépôt (source : Assemblée nationale).

Cet amendement du groupe Socialistes et apparentés vise à supprimer les alinéas qui allongent les délais de détention provisoire en matière délictuelle (passant de 4 à 6 mois) et restreignent les garanties procédurales offertes aux justiciables.

En premier lieu, l’allongement des délais de détention provisoire pour les délits commis en bande organisée contrevient au principe constitutionnel selon lequel cette mesure doit rester exceptionnelle et strictement encadrée dans le temps. L’allongement de ces délais de 4 à 6 mois pourrait conduire à des situations de détention s’apparentant à des détentions criminelles et quasi illimitée, en violation du droit à la liberté personnelle, réaffirmé par le Conseil constitutionnel dans sa décision n°93-326 DC du 11 août 1993. A cet égard, il convient de préciser que la prolongation du délai de détention pour une nouvelle durée de 6 mois est équivalente aux prolongations prévues en matière criminelle.

En deuxième lieu, en augmentant les délais durant lesquels les juridictions doivent statuer sur les demandes de mise en liberté, la durée de la détention provisoire est automatiquement plus importante, ce qui porte atteinte au droit à un procès équitable garanti par l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Les délais plus longs pour statuer compromettent la célérité à laquelle les personnes en détention provisoire devraient avoir droit, en particulier lorsqu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.

En troisième lieu, la suspension du délai de détention provisoire jusqu’à ce que la chambre de l’instruction ait statué sur une requête pendante, engendre des conséquences importantes sur le bon déroulé de la justice. Cette mesure a vocation à inciter les justiciables à limiter leurs recours et porte ainsi atteinte au droit au recours effectif garanti par l’article 13 de la Convention européenne des droits de l’Homme, et au principe de l’égalité des armes.

Comme le relève d’ailleurs la doctrine (Proposition de loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic » : une grave mise en cause de l’État de droit et du rôle de l’avocat), subordonner le point de départ du délai de prolongation de la détention provisoire d’une personne détenue à une décision qui n’est encadrée par aucun délai contraignant reviendrait à subordonner la liberté d’une personne à des facteurs extérieurs à sa détention. Cette proposition se heurte au principe de sécurité juridique puisque l’incertitude fait grief à la personne détenue qui se voit alors maintenue en détention sans échéance.

De telles mesures remettent en cause la légitimité de ces règles et traduisent la volonté de contraindre la défense à devoir choisir entre faire usage du droit de contester la légalité des actes de l’enquête (et donc des éléments de preuve qui peuvent conduire à une condamnation) ou la liberté.

En quatrième lieu, l’ajout de la possibilité pour la Chambre de l’Instruction de statuer sur une détention alors même qu’une remise en liberté d’office du fait d’un non-respect de délai devrait être prononcée est inconstitutionnel. Cela reviendrait à laisser la possibilité aux magistrats de ne pas respecter les dispositions légales résultant du code de procédure pénale, et ce au détriment des droits de la personne détenue de voir sa situation pénale encadrée par la loi.

En cinquième lieu, allonger le délai durant lequel un référé détention peut être exercé par le Procureur de la République passant de 4 à 8 heures allonge indéniablement la durée de la détention provisoire, rendant ainsi difficilement soutenable l’attente de la personne détenue de savoir si elle pourra être ou non libérée.

En sixième lieu, imposer à la personne détenue de communiquer ses pièces au soutien de sa demande de mise en liberté au moins 5 jours avant la date d’audience est illusoire, les personnes détenues sollicitant leur mise en liberté soit par courrier soit par déclaration au greffe ne leur laissant pas la possibilité de communiquer des pièces. Par ailleurs, aucun délai n’est imposé au ministère public pour ses réquisitions écrites.

En septième lieu, cet article impose également de fait le recours à un avocat inscrit au barreau du ressort du Tribunal judiciaire compétent, pour les demandes de mise en liberté, en supprimant la possibilité d'envoyer ces demandes par lettre recommandée avec accusé de réception.

La nécessité de recourir à un avocat local pour les demandes de mise en liberté porterait atteinte aux principes de libre choix de l’avocat et d’égalité devant la justice, droits constitutionnellement garantis.

En huitième et dernier lieu, cet amendement souhaite supprimer les alinéas 45 à 47 qui visent à contourner le refus d’une personne de recourir à la visio-conférence dans le cadre du placement en détention provisoire et de la prolongation de cette détention.

Comme l’a rappelé la Cour de Cassation, il résulte de l’article 706-71 du code de procédure pénale que, lorsqu'il s'agit d'une audience où il doit être statué sur son placement en détention provisoire ou sur la prolongation de celle-ci, la personne mise en examen peut refuser l’utilisation d’un moyen de communication audiovisuelle au moment où elle est informée de la date de l’audience et du fait que le recours à ce procédé est envisagé (Cass. crim., 19 avr. 2017, n° 17-80.571).

 

Pour le Conseil constitutionnel, la présence physique des magistrats composant la formation de jugement durant l’audience et le délibéré est une garantie légale des droits de la défense et du droit à un procès équitable (2023-856 DC, 16 novembre 2023).

L’extension des conditions de recours à la visioconférence, porte ainsi gravement atteinte aux droits de la défense ainsi qu’à la qualité de la justice. 

Comme le rappelait l’Ordre des avocats au Barreau de Paris (L’usage de la visioconférence en matière pénale Réponse à la circulaire du ministère de la Justice du 2 août 2024), la distance prive les juges d’une part essentielle de l’appréhension humaine et sensible des situations qu’ils doivent trancher.

De son côté, l’avocat se trouve confronté à un dilemme majeur : se tenir aux côtés de son client pour l'assister et être à ses côtés ou se rapprocher du juge pour être au plus près des magistrats, afin d’être entendu (difficultés techniques pouvant rendre inaudible une plaidoirie).

Il est en effet fréquent de rencontrer des problèmes techniques, tels que des coupures de son ou d’image, ce qui nuit considérablement à la qualité des échanges et même du procès ; certains justiciable ayant sans nul doute un sentiment de ne pouvoir être entendu correctement par celles et ceux qui vont le juger ou doivent décider d’une éventuelle remise en liberté.

Enfin, le Contrôleur Général des lieux de Privation de liberté (CGLPL) a rappelé que « l’usage de ce moyen [devait] rester exceptionnel ». Il précise que « dans de nombreux autres cas (…), la visioconférence constitue un affaiblissement des droits de la défense en ce qu’elle met fin à la présence physique du comparant qui est aussi un moyen d’expression ». Il souligne le fait que la visioconférence suppose « une facilité d’expression devant une caméra ou devant un pupitre et une égalité (…) loin d’être acquises ». Il a soutenu que sa systématisation, « sans le consentement des intéressés », serait « inacceptable » (Avis du 14 octobre 2011 relatif à l'emploi de la visioconférence à l'égard des personnes privées de liberté).

Enfin, les problèmes de délais au sein du système judiciaire relèvent avant tout du manque de moyens humains et matériels. Ces lacunes ne sauraient justifier une atteinte disproportionnée aux libertés individuelles des justiciables. Il est essentiel que les délais initiaux fixés par le code de procédure pénale, soient maintenus, et ce, dans l’intérêt d’une justice équitable.

Cet amendement a été travaillé avec le Conseil National des Barreaux et l’Ordre des Avocats au Barreau de Paris.

Compte-rendu officiel ↗

Répartition par parti

Pour Contre Abstention Effectif du parti à la date du scrutin

Votes

ÉluPartiPosition
Alexandre Allegret-Pilot Contre
Pouria Amirshahi EcoS Pour
Pieyre-Alexandre Anglade EPR Contre
Gabriel Attal EPR Contre
Romain Baubry RN Contre
Belkhir Belhaddad NI Contre
Béatrice Bellamy HOR Contre
Karim Ben Cheikh EcoS Pour
Anne Bergantz Dem Contre
Ugo Bernalicis LFI-NFP Pour
Théo Bernhardt RN Contre
Frédéric Boccaletti RN Contre
Nicolas Bonnet EcoS Pour
Émilie Bonnivard DR Contre
Pascale Bordes RN Contre
Éric Bothorel EPR Contre
Florent Boudié EPR Contre
Anthony Boulogne RN Contre
Mickaël Bouloux SOC Pour
Jorys Bovet RN Contre
Yaël Braun-Pivet EPR Absent
Blandine Brocard Dem Contre
Joël Bruneau LIOT Contre
Françoise Buffet EPR Contre
Colette Capdevielle SOC Pour
Gabrielle Cathala LFI-NFP Pour
Vincent Caure EPR Contre
François-Xavier Ceccoli DR Contre
Sophia Chikirou LFI-NFP Pour
Paul Christophe HOR Contre
Paul-André Colombani LIOT Contre
Jean-François Coulomme LFI-NFP Pour
Nathalie Da Conceicao Carvalho RN Contre
Geneviève Darrieussecq Dem Contre
Jocelyn Dessigny RN Contre
Edwige Diaz RN Contre
Dieynaba Diop SOC Pour
Sandrine Dogor-Such RN Contre
Nicolas Dragon RN Contre
Nicole Dubré-Chirat EPR Contre
Stella Dupont NI Pour
Gaëtan Dussausaye RN Contre
Iñaki Echaniz SOC Pour
Olivier Fayssat Contre
Mathilde Feld LFI-NFP Pour
Marina Ferrari Dem Contre
Moerani Frébault EPR Contre
Denis Fégné SOC Pour
Julien Gabarron RN Contre
Monique Griseti RN Contre
Jérôme Guedj SOC Pour
Clémence Guetté LFI-NFP Absent
Jordan Guitton RN Contre
Marine Hamelet RN Contre
Sébastien Huyghe EPR Contre
Jérémie Iordanoff EcoS Pour
Alexis Jolly RN Contre
Tiffany Joncour RN Contre
Sandrine Josso Dem Contre
Chantal Jourdan SOC Pour
Philippe Juvin DR Contre
Corentin Le Fur DR Contre
Jean-Paul Lecoq GDR Pour
Mathieu Lefèvre EPR Contre
Gisèle Lelouis RN Contre
Murielle Lepvraud LFI-NFP Pour
Laurent Lhardit SOC Pour
Julien Limongi RN Contre
Eric Liégeon DR Contre
Christine Loir RN Contre
Philippe Lottiaux RN Contre
Benjamin Lucas-Lundy EcoS Pour
Antoine Léaument LFI-NFP Pour
David Magnier RN Contre
Claire Marais-Beuil RN Contre
Matthieu Marchio RN Contre
Olivier Marleix DR Contre
Élisa Martin LFI-NFP Pour
Kévin Mauvieux RN Contre
Estelle Mercier SOC Pour
Sophie Mette Dem Contre
Nathalie Oziol LFI-NFP Pour
Sophie Pantel SOC Pour
Jérémie Patrier-Leitus HOR Contre
Éric Pauget DR Contre
Maud Petit Dem Contre
Stéphane Peu GDR Pour
Kévin Pfeffer RN Contre
Jean-François Portarrieu HOR Contre
Marie-Agnès Poussier-Winsback HOR Contre
Stéphane Rambaud RN Contre
Matthias Renault RN Contre
Sophie Ricourt Vaginay Contre
Stéphanie Rist EPR Contre
Anne-Sophie Ronceret EPR Contre
Valérie Rossi SOC Pour
Béatrice Roullaud RN Contre
Fabrice Roussel SOC Pour
Anaïs Sabatini RN Contre
Emeric Salmon RN Contre
Philippe Schreck RN Contre
Charles Sitzenstuhl EPR Contre
Andrée Taurinya LFI-NFP Pour
Michaël Taverne RN Contre
Prisca Thevenot EPR Contre
Romain Tonussi RN Contre
Boris Vallaud SOC Pour
Roger Vicot SOC Pour
Caroline Yadan EPR Contre
Marc de Fleurian RN Contre
Hervé de Lépinau RN Contre