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l'amendement n° 53 de Mme Sas après l'article 4 du projet de loi de finances pour 2027 (première lecture).

AN 16 octobre 2026 — Rejeté · Scrutin public ordinaire

Fait partie de la loi : Projet de loi de finances pour 2027

Présidente du groupe "Écologiste et Social"

Exposé sommaire

Texte officiel rédigé par l'auteur de l'amendement pour justifier son dépôt (source : Assemblée nationale).

Cet amendement du groupe Écologiste et Social vise à mettre fin à une anomalie de notre droit fiscal en supprimant la purge des plus-values latentes lors de la transmission des plus importants patrimoines financiers et immobiliers.

En l’état actuel du droit, lorsque des titres ou des biens immobiliers sont transmis par succession ou donation, la plus-value imposable lors de leur revente par l’héritier ou le donataire est calculée comme la différence entre le prix de vente et la valeur retenue pour la détermination des droits de succession (droits de mutation à titre gratuit). Ce mécanisme a pour effet d’effacer la plus-value latente accumulée par le défunt ou le donateur avant la transmission. Cette règle, critiquable, fait de la France l’un des seuls pays de l’OCDE où la transmission remet ainsi les compteurs à zéro, et ce principalement au bénéfice des plus riches. En effet, les plus fortunés peuvent accumuler des plus-values considérables qui, dès lors qu’il n’y a pas de vente des actifs de leur vivant, ne sont jamais imposées dans le système français. À l’inverse, nos voisins (Allemagne, Suède, etc.) veillent à ce que la dette fiscale attachée aux plus-values soit effectivement réglée, soit au moment de la transmission, soit lors de la revente. La France reste donc une exception, et une exception profondément injuste. Cette réforme vient donc supprimer une mécanique très française en permettant que la donation ou le décès ne soient plus des moments d’effacement fiscal mais des moments de révélation de l’enrichissement.

Ainsi, le présent amendement prévoit de constater, à l’occasion de la transmission, la plus-value latente existante à cette date. Cette plus-value est déclarée au titre de l’année de la transmission et l’imposition correspondante est déterminée selon les règles et taux applicables à cette date, en l’occurrence aujourd’hui notamment à la flat tax. Son paiement est toutefois reporté jusqu’à la vente effective du bien par l’héritier ou le donataire, sous réserve qu’ils aient été informés de la charge fiscale correspondante. En cas de nouvelle transmission, le report est maintenu au profit du nouveau bénéficiaire.

Ce dispositif permet à la fois de s’inscrire dans la jurisprudence constitutionnelle en vigueur et de tenir compte de la réalité économique. Le mécanisme du report permet que le bénéficiaire soit informé avant l’acceptation de la succession ou de la donation du montant de la plus-value et de l’imposition susceptible d’être mise à sa charge, conformément à la logique dégagée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2019-775 QPC du 12 avril 2019. De plus, afin de tenir compte des facultés contributives du contribuable et de l’évolution réelle de la valeur du bien lorsqu’un bien perd de la valeur entre deux transmissions successives ou entre la dernière transmission et sa vente, cette baisse vient réduire les plus-values encore en report et les impositions correspondantes. Il est ainsi évité de taxer une plus-value qui aurait, en tout ou partie, disparu. Par ailleurs, afin de concentrer notre amendement sur les transmissions patrimoniales les plus importantes, et d’épargner les petits patrimoines, le dispositif ne s’applique qu’aux transmissions pour lesquelles la part nette revenant à l’héritier ou au donataire est supérieure à 1,3 million d’euros.

Cette réforme présente l’avantage d’être économiquement neutre. En effet, la littérature économique montre que l’imposition des transmissions a des effets très limités sur la croissance car les ménages n’ajustent ni leur effort de travail, ni leur niveau d’épargne en réponse à une imposition constatée lors de la transmission et dont le paiement n’intervient qu’à la vente ultérieure du bien et qui ne concerne, en définitive, que leurs héritiers. De même, le risque d’exil fiscal apparaît limité, dès lors qu’il est peu probable qu’un contribuable âgé anticipe une succession en transférant simultanément son foyer fiscal et celui de ses héritiers, d’autant que la date de la transmission demeure par nature incertaine. Par ailleurs, si la France est souvent présentée comme l’un des pays où les droits de succession sont les plus élevés, cette comparaison repose sur les taux faciaux du barème. En pratique, et comme le rappelle la commission d’enquête sur la taxation des hauts patrimoines, les plus grandes successions acquittent des taux effectifs d’imposition très inférieurs au taux marginal de 45 % en ligne directe, en raison des nombreux abattements, exonérations et dispositifs dérogatoires. L’amendement prévoit en outre un mécanisme d’imputation des droits de mutation déjà acquittés afin d’éviter toute double imposition.

Enfin, le rendement de cette mesure peut être estimé, à terme, à près de 4 milliards d’euros par an. Ce montant correspond toutefois à un rendement de croisière, l’impôt n’étant effectivement acquitté qu’au moment de la cession des biens transmis par les héritiers ou les donataires.

Compte-rendu officiel ↗

Répartition par parti

Pour Contre Abstention Effectif du parti à la date du scrutin

Votes

ÉluPartiPosition
Maxime Amblard RN Contre
Pouria Amirshahi EcoS Pour
Philippe Ballard RN Contre
Christian Baptiste SOC Pour
Michel Barnier DR Contre
Shéhérazade Bentorki LFI-NFP Pour
Carlos Martens Bilongo LFI-NFP Pour
Emmanuel Blairy RN Contre
Christophe Blanchet Dem Absent
Philippe Bonnecarrère NI Contre
Arnaud Bonnet EcoS Pour
Mickaël Bouloux SOC Pour
Yaël Braun-Pivet EPR Absent
Dorine Bregman SOC Pour
Joël Bruneau LIOT Contre
Nathalie Coggia EPR Contre
Éric Coquerel LFI-NFP Pour
Nathalie Da Conceicao Carvalho RN Contre
Catherine Dellong Meng RN Contre
Nicolas Dragon RN Contre
Alexandre Dufosset RN Contre
Lionel Duparay DR Contre
Iñaki Echaniz SOC Pour
Marc Fesneau Dem Contre
Emmanuel Fouquart RN Contre
Charles Fournier EcoS Pour
Jean-Luc Fugit EPR Contre
Perceval Gaillard LFI-NFP Pour
Laurence Gardet RN Contre
Sabine Gervais Dem Contre
Benoit Gilhet RN Contre
Antoine Golliot RN Contre
Olivia Grégoire EPR Contre
Jérôme Guedj SOC Pour
Julien Guibert RN Contre
Michel Guiniot RN Contre
Jordan Guitton RN Contre
Félicie Gérard HOR Contre
Marine Hamelet RN Contre
Florence Herouin-Léautey SOC Pour
Céline Hervieu SOC Pour
Florence Joubert RN Contre
Philippe Juvin DR Contre
Daniel Labaronne EPR Contre
Tristan Lahais EcoS Pour
Amélia Lakrafi EPR Contre
Aurélien Le Coq LFI-NFP Pour
Corentin Le Fur DR Contre
Vincent Ledoux EPR Contre
Sarah Legrain LFI-NFP Pour
Katiana Levavasseur RN Contre
Julien Limongi RN Contre
Philippe Lottiaux RN Contre
Benjamin Lucas-Lundy EcoS Pour
Valérie Létard LIOT Contre
David Magnier RN Contre
Claire Marais-Beuil RN Contre
Pascal Markowsky RN Contre
Patrice Martin RN Contre
Éric Martineau Dem Contre
Michèle Martinez RN Contre
Denis Masséglia EPR Contre
Jean-Paul Mattei Dem Contre
Marianne Maximi LFI-NFP Pour
Laurent Mazaury LIOT Contre
Estelle Mercier SOC Pour
Sophie Mette Dem Contre
Maxime Michelet UDR Contre
Paul Midy EPR Contre
Louise Morel Dem Contre
Jacques Oberti SOC Pour
Nathalie Oziol LFI-NFP Pour
Caroline Parmentier RN Contre
Thierry Perez RN Contre
Sébastien Peytavie EcoS Pour
Christine Pirès Beaune SOC Pour
Lisette Pollet RN Contre
Julien Rancoule RN Contre
Jean-Hugues Ratenon LFI-NFP Pour
Nicolas Ray DR Contre
Béatrice Roullaud RN Contre
Sophie-Laurence Roy RN Contre
Anaïs Sabatini RN Contre
Alexandre Sabatou RN Contre
Arnaud Saint-Martin LFI-NFP Pour
Emeric Salmon RN Contre
Nicolas Sansu GDR Pour
Eva Sas EcoS Pour
Anne Sicard RN Contre
Emmanuel Taché RN Contre
Jean-Philippe Tanguy RN Contre
Cyril Tribuiani RN Contre
Aurélie Trouvé LFI-NFP Pour
Antoine Villedieu RN Contre
Frédéric-Pierre Vos RN Contre
Charles de Courson LIOT Contre