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l'amendement n° 38 de Mme Sas après l'article 4 du projet de loi de finances pour 2027 (première lecture).

AN 16 octobre 2026 — Rejeté · Scrutin public ordinaire

Fait partie de la loi : Projet de loi de finances pour 2027

Présidente du groupe "Écologiste et Social"

Exposé sommaire

Texte officiel rédigé par l'auteur de l'amendement pour justifier son dépôt (source : Assemblée nationale).

Cet amendement vise à instaurer un impôt plancher sur la fortune (IPF), ciblant les 0,01 % des contribuables les plus riches, c’est-à-dire les personnes détenant plus de 100 millions d’euros de patrimoine net. Il s’agit d’un impôt différentiel dont l’objectif est de s’assurer que ces contribuables paient au moins 2 % de leur fortune en impôts chaque année, tous impôts personnels confondus. Selon l’économiste Gabriel Zucman, une telle contribution pourrait générer entre 15 et 25 milliards de recettes supplémentaires.

Cet impôt plancher a déjà été adopté une première fois à l’Assemblée nationale en février 2025 dans le cadre de l’examen des textes de la niche du groupe écologiste et social. Ce vote a constitué un signal politique fort : l’immunité fiscale des ultra-riches n’est plus tolérable.

Contrairement à ce que ses détracteurs laissent entendre, la France ne serait pas une exception en rétablissant une fiscalité sur les grandes fortunes. Plusieurs pays européens disposent déjà d’un impôt sur la fortune ou de dispositifs équivalents. C’est le cas par exemple de l’Espagne, de la Norvège, de la Suisse, ou encore de la Belgique ou des Pays-Bas. Ainsi, la France n’est pas isolée, bien au contraire. Il est donc grand temps qu’elle s’engage, elle aussi, dans cette voie de justice fiscale, n’en déplaise aux opposants à la taxe Zucman dont les arguments tombent les uns après les autres, à commencer par la menace la plus tenace et anxiogène, celle de l’exil fiscal. En effet, le Conseil d’analyse économique (CAE) a démontré la fragilité de cet argument, dans une note publiée en juillet 2025. Oui, l’exil fiscal existe, mais il demeure marginal et n’aurait rien du raz-de-marée annoncé.

Pendant que l’on agite le chiffon rouge de la fuite des ultra-riches, la réalité est tout autre. Le patrimoine des 500 plus riches a augmenté près de quatre fois plus vite que le patrimoine médian des Français depuis 1998, et si notre système fiscal est globalement progressif, il devient régressif tout en haut de la pyramide : les 0,1 % les plus fortunés voient leur taux effectif baisser, de 46 % à l’entrée de ce groupe à 26 % pour les 0,0002 % les plus riches. Les plus riches paient donc moins d’impôts en proportion que les classes moyennes. Voilà la véritable anomalie. Et c’est la raison pour laquelle 86 % des Français sont favorables à la taxe Zucman.

Autre argument souvent avancé contre cet impôt plancher, celui de « l’outil de travail », élément de langage n’ayant d’autre but que de permettre aux plus riches d’échapper à l’impôt. Les biens professionnels sont avant tout des actions d’entreprises détenues par les plus riches, dont le rendement peut être estimé entre 7 % et 10 % par an. Une taxation ne viendrait que minorer le rendement de ces milliardaires actionnaires, et non fragiliser les entreprises. Ce sont précisément les biens professionnels qui constituent le cœur du patrimoine des ultra-riches. Les données de l’Institut des politiques publiques le confirment. Plus le patrimoine est élevé, plus la part des biens professionnels y devient écrasante : 66 % pour le dernier cent millième, et jusqu’à 90 % pour les patrimoines les plus élevés.

Concernant la constitutionnalité d’une telle mesure, contrairement à ce qui est régulièrement avancé, la censure d’un tel dispositif par le Conseil constitutionnel n’a rien d’évident et ne saurait être présentée comme acquise. C’est ce qu’ont notamment souligné 33 professeurs de droit public dans leur tribune du 23 septembre 2025 dans Le Monde intitulée « L’idée que la taxe Zucman sera censurée par le Conseil constitutionnel n’a rien d’évident ». La question constitutionnelle appelle donc une analyse nuancée et ne peut servir d’argument définitif pour écarter toute taxation minimale des très grandes fortunes.

 Enfin, concernant les patrimoines dits « illiquides », notamment de fondateurs d’entreprises innovantes dont les entreprises sont très valorisées mais ne génèrent pas de bénéfices, ces situations existent mais ne sauraient à elles seules faire obstacle à toute taxation du patrimoine, d’autant plus que des modalités de paiement adaptées peuvent être mises en place. 

La justice fiscale n’est plus négociable. Dans un contexte de croissance atone, nous ne pouvons plus attendre un hypothétique enrichissement collectif pour réduire les inégalités. Au contraire, il faut redistribuer les richesses immédiatement, afin d’améliorer le pouvoir d’achat de toutes et tous, mais aussi de préserver et de renforcer nos services publics et de financer la bifurcation écologique. Loin d’être un luxe, cette exigence est la condition même de notre cohésion démocratique.

Compte-rendu officiel ↗

Répartition par parti

Pour Contre Abstention Effectif du parti à la date du scrutin

Votes

ÉluPartiPosition
Audrey Abadie-Amiel LIOT Pour
Nadège Abomangoli LFI-NFP Pour
Maxime Amblard RN Contre
Philippe Ballard RN Contre
Christian Baptiste SOC Pour
Karim Ben Cheikh EcoS Pour
Shéhérazade Bentorki LFI-NFP Pour
Théo Bernhardt RN Contre
Carlos Martens Bilongo LFI-NFP Pour
Benoît Biteau EcoS Pour
Emmanuel Blairy RN Contre
Benoît Blanchard HOR Contre
Christophe Blanchet Dem Absent
Philippe Bonnecarrère NI Contre
Arnaud Bonnet EcoS Pour
Élisabeth Borne EPR Contre
Anthony Boulogne RN Contre
Mickaël Bouloux SOC Pour
Yaël Braun-Pivet EPR Absent
Dorine Bregman SOC Pour
Joël Bruneau LIOT Contre
Gabrielle Cathala LFI-NFP Pour
Jean-René Cazeneuve EPR Contre
Éric Coquerel LFI-NFP Pour
Alexis Corbière EcoS Pour
Christelle D'Intorni UDR Contre
Nathalie Da Conceicao Carvalho RN Contre
Catherine Dellong Meng RN Contre
Nicolas Dragon RN Contre
Alexandre Dufosset RN Contre
Lionel Duparay DR Contre
Marc Ferracci EPR Contre
Emmanuel Fouquart RN Contre
Charles Fournier EcoS Pour
Jean-Luc Fugit EPR Contre
Perceval Gaillard LFI-NFP Pour
Laurence Gardet RN Contre
Sabine Gervais Dem Contre
Benoit Gilhet NI Contre
Antoine Golliot RN Contre
Florence Goulet RN Contre
Daniel Grenon NI Contre
Jérôme Guedj SOC Pour
Julien Guibert RN Contre
Michel Guiniot RN Contre
Félicie Gérard HOR Contre
Zahia Hamdane LFI-NFP Pour
Marine Hamelet RN Contre
Florence Herouin-Léautey SOC Pour
François Jolivet HOR Contre
Philippe Juvin DR Contre
Guillaume Kasbarian EPR Contre
Daniel Labaronne EPR Contre
Maxime Laisney LFI-NFP Pour
Amélia Lakrafi EPR Contre
Aurélien Le Coq LFI-NFP Pour
Corentin Le Fur DR Contre
Vincent Ledoux EPR Contre
Sarah Legrain LFI-NFP Pour
Claire Lejeune LFI-NFP Pour
Katiana Levavasseur RN Contre
Julien Limongi RN Contre
Alexandre Loubet RN Contre
Benjamin Lucas-Lundy EcoS Pour
Antoine Léaument LFI-NFP Pour
Valérie Létard LIOT Contre
David Magnier RN Contre
Emmanuel Mandon Dem Contre
Claire Marais-Beuil RN Contre
Patrice Martin RN Contre
Éric Martineau Dem Contre
Michèle Martinez RN Contre
Denis Masséglia EPR Contre
Jean-Paul Mattei Dem Contre
Emmanuel Maurel GDR Pour
Laurent Mazaury LIOT Contre
Estelle Mercier SOC Pour
Sophie Mette Dem Contre
Paul Midy EPR Contre
Christophe Mongardien EPR Contre
Louise Morel Dem Contre
Marcellin Nadeau GDR Pour
Jacques Oberti SOC Pour
Nathalie Oziol LFI-NFP Pour
Sébastien Peytavie EcoS Pour
Christine Pirès Beaune SOC Pour
Lisette Pollet RN Contre
Julien Rancoule RN Contre
Jean-Hugues Ratenon LFI-NFP Pour
Nicolas Ray DR Contre
Béatrice Roullaud RN Contre
Sophie-Laurence Roy RN Contre
Anaïs Sabatini RN Contre
Alexandre Sabatou RN Contre
Arnaud Saint-Martin LFI-NFP Pour
Emeric Salmon RN Contre
Eva Sas EcoS Pour
Anne Sicard RN Contre
Ersilia Soudais LFI-NFP Pour
Jean-Philippe Tanguy RN Contre
Liliana Tanguy EPR Contre
Gabriel Tomatis RN Contre
Cyril Tribuiani RN Contre
Nicolas Tryzna DR Contre
Gérault Verny UDR Contre
Antoine Villedieu RN Contre
Frédéric-Pierre Vos RN Contre