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l'amendement n° 236 de M. Taché à l'article premier et rapport annexé du projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte (première lecture).

AN 27 juin 2025 — Rejeté · Scrutin public ordinaire

Présidente de séance

Exposé sommaire

Texte officiel rédigé par l'auteur de l'amendement pour justifier son dépôt (source : Assemblée nationale).

Par cet amendement, les députés du groupe LFI–NFP proposent de faire de Mayotte l’avant-garde de la bifurcation écologique.

Alors que le Gouvernement consacre près de quatre pages de son rapport annexé à l’immigration et à l’insécurité, seules quelques lignes sont dédiées à la bifurcation écologique, à la préservation de la biodiversité, à la gestion des déchets ou encore à la souveraineté alimentaire. Cette disproportion témoigne d’un désintérêt inquiétant pour les enjeux environnementaux pourtant cruciaux à Mayotte.

Avant le passage du cyclone, Mayotte se distinguait par la richesse de ses “jardins mahorais”, piliers d’une production alimentaire locale, certes modeste, mais essentielle. Occupant près de 80 % des surfaces agricoles de l’île, ces jardins agroforestiers mêlent sur de petites parcelles une grande diversité de cultures — bananes, légumes, noix de coco, manioc, songe, fruits tropicaux — principalement destinées à l’autoconsommation des familles. L’archipel abrite également une biodiversité remarquable. Son vaste lagon de 1 100 km², ceinturé par une double barrière de corail, accueille plus de 250 espèces de coraux et plus de 2 300 espèces marines, parmi lesquelles des tortues et des mammifères marins. La mangrove, qui s’étend sur 667 hectares, joue un rôle écologique crucial : elle filtre les eaux, limite l’érosion côtière et sert d’habitat à une faune variée, dont 43 espèces d’oiseaux recensées. Les forêts tropicales, qu’elles soient humides ou sèches, abritent quelques 200 espèces d’arbres et d’arbustes. À cela s’ajoutent les zones humides et les plages, qui participent elles aussi au maintien de l’équilibre écologique de l’île. Au-delà de sa valeur écologique intrinsèque, cette biodiversité soutient des secteurs économiques clés pour Mayotte, tels que la pêche artisanale et le tourisme durable.

Pourtant, bien avant Chido, la situation environnementale à Mayotte était déjà alarmante. La gestion des déchets, en particulier, est restée largement défaillante. Les décharges sauvages prolifèrent, notamment dans les quartiers informels, en raison d’infrastructures extrêmement limitées : la première déchetterie de l’île n’a vu le jour qu’en 2023. Résultat : 67 % des déchets sont enfouis, contre seulement 15 % en Hexagone, et le tri sélectif est quasi inexistant.

Ces insuffisances ont des conséquences sanitaires directes. La contamination des sols et des eaux favorise l’apparition de maladies, comme la leptospirose, dont le taux à Mayotte est 70 fois supérieur à celui observé dans l’Hexagone. De plus, malgré un coût de gestion des déchets atteignant 163 € par habitant – bien au-dessus de la moyenne nationale (93 €) – Mayotte peine à recouvrer les taxes nécessaires pour améliorer leurs infrastructures.

Le cyclone Chido a aggravé cette fragilité. Selon Joël Huat, chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), « deux à trois années seront nécessaires pour retrouver le niveau d’autosuffisance de Mayotte d’avant Chido ». Dans ce contexte, la reconstruction ne peut ignorer l’impératif écologique. Elle doit, au contraire, s’appuyer sur les dynamiques locales et la résilience des écosystèmes pour refonder un modèle durable.

Faire de Mayotte un territoire pilote de la bifurcation écologique, c’est investir massivement dans la restauration des milieux naturels, la gestion durable des déchets, la transition énergétique et l’agroécologie. C’est reconnaître que la reconstruction ne sera juste et durable que si elle place la biodiversité et la souveraineté alimentaire au cœur de l’action publique. Quelques lignes dans un rapport ne suffiront pas. Il faut une stratégie ambitieuse, structurée, dotée de moyens à la hauteur des enjeux.

Compte-rendu officiel ↗

Répartition par parti

Pour Contre Abstention Effectif du parti à la date du scrutin

Votes

ÉluPartiPosition
Gabriel Attal EPR Contre
Anchya Bamana RN Contre
Anne Bergantz Dem Contre
Théo Bernhardt RN Contre
Christophe Bex LFI-NFP Pour
Benoît Biteau EcoS Pour
Pascale Bordes RN Contre
Manon Bouquin RN Contre
Yaël Braun-Pivet EPR Absent
Elie Califer SOC Pour
Colette Capdevielle SOC Pour
Roger Chudeau RN Contre
Geneviève Darrieussecq Dem Contre
Edwige Diaz RN Contre
Auguste Evrard RN Contre
Olivier Fayssat Contre
Marina Ferrari Dem Contre
Agnès Firmin Le Bodo HOR Contre
Emmanuel Fouquart RN Contre
Jonathan Gery RN Contre
Frank Giletti RN Contre
Yoann Gillet RN Contre
Clémence Guetté LFI-NFP Pour
Frantz Gumbs Dem Contre
Steevy Gustave EcoS Pour
Catherine Hervieu EcoS Pour
Tiffany Joncour RN Contre
Sylvie Josserand RN Contre
Marie-France Lorho RN Contre
Philippe Lottiaux RN Contre
Antoine Léaument LFI-NFP Pour
Claire Marais-Beuil RN Contre
Michèle Martinez RN Contre
Sophie Mette Dem Contre
Pierre Meurin RN Contre
Philippe Naillet SOC Pour
Sandrine Nosbé LFI-NFP Pour
Jérémie Patrier-Leitus HOR Contre
Frédéric Petit Dem Contre
Maud Petit Dem Contre
Lisette Pollet RN Contre
Loïc Prud'homme LFI-NFP Pour
Stéphane Rambaud RN Contre
Julien Rancoule RN Contre
Franck Riester EPR Contre
Béatrice Roullaud RN Contre
Sandrine Rousseau EcoS Pour
Aurélien Saintoul LFI-NFP Pour
Emeric Salmon RN Contre
Philippe Vigier Dem Contre
Dominique Voynet EcoS Pour
Estelle Youssouffa LIOT Contre