Qui Vote Quoi

Transparence de la vie politique · Assemblée nationale, Sénat, Parlement européen & élus locaux

l'amendement n° 114 de M. Naillet après l'article 20 du projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte (première lecture).

AN 27 juin 2025 — Rejeté · Scrutin public ordinaire

Présidente du groupe "Rassemblement National" Président du groupe "Socialistes et apparentés"

Exposé sommaire

Texte officiel rédigé par l'auteur de l'amendement pour justifier son dépôt (source : Assemblée nationale).

Cet amendement du groupe Socialistes et apparentés vise à accélérer la régularisation foncière à Mayotte, afin de sécuriser les droits de propriété, faciliter les projets d’aménagement et soutenir le développement du territoire.

Le territoire de Mayotte est confronté à une situation foncière sans équivalent dans les autres départements français. Héritée d’un système coutumier non intégré aux mécanismes de droit commun, la majorité du foncier y demeure non cadastrée ou grevée d’indivisions informelles. Selon les données de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP) et du Conseil départemental de Mayotte, seuls 10 à 15 % des parcelles sont aujourd’hui couvertes par un titre de propriété clair et opposable. Cette absence de sécurisation foncière constitue l’un des freins les plus puissants au développement structuré du territoire.

En matière d’aménagement, cette situation entraîne un allongement considérable des délais de mise en œuvre des opérations d’intérêt général, en particulier celles de résorption de l’habitat indigne et d’équipement des quartiers prioritaires. Ainsi, à titre d’exemple, l’opération d’aménagement de Mavadzani Mouinajou, prévue sur 12,5 hectares en zone AU, a nécessité plus de trois années de procédure foncière, malgré l’intervention directe de l’État et du Département. Le lancement des travaux n’est envisagé qu’en 2026, avec une livraison des premiers logements en 2029. De même, le projet de rénovation du quartier Carobolé, qui mobilise du foncier public en zone urbaine, a nécessité le recours à des dérogations environnementales et à une concession d’aménagement complexe, illustrant l’empilement de contraintes générées par l’insécurité foncière.

La régularisation foncière n’est donc pas une question accessoire mais une condition préalable à l’application effective du droit de l’urbanisme, au recouvrement de l’impôt local, à la solvabilisation des ménages, et à la sécurisation des investissements publics. Elle est aussi un facteur de pacification sociale. À Mayotte, plus de 70 % des occupations du sol sont réalisées sans titre ni autorisation. Ce désordre nourrit un sentiment d’inégalité devant la règle de droit, fragilise les collectivités dans leur capacité à planifier, et alimente les tensions entre populations.

Le Conseil départemental a engagé depuis 2022 une démarche volontariste visant à régulariser 10 000 situations d’occupation d’ici 2028, dans le cadre du programme PRU Majicavo Koropa. Toutefois, il apparaît que cette ambition ne pourra être atteinte sans le soutien résolu de l’État, par la mobilisation d’un cadre législatif dérogatoire et temporaire, inspiré des dispositifs expérimentés dans les DOM au titre de la loi n° 2011‑725 du 23 juin 2011, dite loi Letchimy. La création d’une mission interministérielle dédiée, associant le foncier, la fiscalité et l’urbanisme, permettrait de structurer une approche intégrée de la régularisation. Un tel outil doit reposer sur des moyens renforcés en ingénierie publique, une stratégie d’information auprès des habitants pour les inciter à la régularisation, et, le cas échéant, des mesures incitatives et coercitives encadrées.

L’État a une responsabilité historique à assumer pour accompagner Mayotte dans cette transition foncière vers le droit commun. Cela passe par une intervention d’urgence, ciblée et juridiquement encadrée, en soutien aux collectivités territoriales et dans le respect des principes constitutionnels d’égalité devant la loi et d’unité du domaine public.

Compte-rendu officiel ↗

Répartition par parti

Pour Contre Abstention Effectif du parti à la date du scrutin

Votes

ÉluPartiPosition
Nadège Abomangoli LFI-NFP Pour
Laurent Alexandre LFI-NFP Pour
Léa Balage El Mariky EcoS Pour
Anchya Bamana RN Contre
Christian Baptiste SOC Pour
Christophe Bex LFI-NFP Pour
Benoît Biteau EcoS Pour
Sophie Blanc RN Contre
Pascale Bordes RN Contre
Manon Bouquin RN Contre
Yaël Braun-Pivet EPR Absent
Elie Califer SOC Pour
Geneviève Darrieussecq Dem Contre
Edwige Diaz RN Contre
Sandrine Dogor-Such RN Contre
Mathilde Feld LFI-NFP Pour
Emmanuel Fernandes LFI-NFP Pour
Marina Ferrari Dem Contre
Marc Fesneau Dem Contre
Emmanuel Fouquart RN Contre
Charles Fournier EcoS Pour
Jonathan Gery RN Contre
Frank Giletti RN Contre
Yoann Gillet RN Contre
Frantz Gumbs Dem Contre
Steevy Gustave EcoS Pour
Mathilde Hignet LFI-NFP Pour
Sébastien Humbert RN Contre
Tiffany Joncour RN Contre
Robert Le Bourgeois RN Contre
Jean-Paul Lecoq GDR Pour
Jérôme Legavre LFI-NFP Pour
Claire Lejeune LFI-NFP Pour
Marie-France Lorho RN Contre
Claire Marais-Beuil RN Contre
Patrice Martin RN Contre
Éric Martineau Dem Contre
Sophie Mette Dem Contre
Pierre Meurin RN Contre
Naïma Moutchou HOR Absent
Philippe Naillet SOC Pour
Sandrine Nosbé LFI-NFP Pour
Maud Petit Dem Contre
Lisette Pollet RN Contre
Jean-Hugues Ratenon LFI-NFP Pour
Davy Rimane GDR Pour
Béatrice Roullaud RN Contre
Aurélien Rousseau Pour
Anaïs Sabatini RN Contre
Emeric Salmon RN Contre
Charles Sitzenstuhl EPR Contre
Aurélien Taché LFI-NFP Pour
Emmanuel Taché RN Contre
Prisca Thevenot EPR Contre
Céline Thiébault-Martinez SOC Pour
Aurélie Trouvé LFI-NFP Pour
Philippe Vigier Dem Contre
Dominique Voynet EcoS Pour
Estelle Youssouffa LIOT Contre
Hervé de Lépinau RN Contre
Élisabeth de Maistre DR Contre